Leçons du tao

Les chinois ont compris depuis longtemps que le changement est l’essence même de la vie. Le jour succède à la nuit, le printemps à l’hiver… Rien n’est fixe, tout bouge et se transforme continuellement, dans nos vies personnelles comme dans l’Univers tout entier. Cette loi du changement permet de prendre du recul face aux évènements.

1/  Tout change tout le temps, je ne peux donc rien tenir pour acquis

A cultiver

  • Je relativise ce qui m’arrive car tout peut basculer d’un moment à un autre
  • Je mets toute mon attention dans mes relations avec les autres, sachant qu’elles sont en perpétuelle évolution
  • je ne me laisse pas envahir par mes émotions, car je sais qu’elles sont passagères et que mon humeur est changeante

Chacun de nous est relié à tout ce qui existe, car animé par le même « souffle » que les chinois appellent le qi (prononcer « tchi »). Fondement de l’existence et de toutes ces manifestations, cette énergie est le matériau primordial qui se condense en donnant la vie et se dissout lorsqu’elle la retire. Notre bien être physique et psychique, ainsi que notre accomplissement en tant qu’être humain, dépendent de la qualité du qi qui nous traverse.

2/ L’énergie qui me traverse me vient de l’Univers, mais c’est à moi de la cultiver

A cultiver

  • Je m’habitue à bien respirer, respirer profondément, en conscience
  • Si ma posture est mauvaise, mon qi circule moins bien : je pense à redresser mon dos, détendre mes épaules. Voir la posture de méditation
  • Je ne fréquente pas les endroits bruyants, mal aérés. Je limite le stress, la course contre la montre, les addictions (café, cigarette…)

Toute la vie de la Nature provient du conditionnement mutuel des contraires: le tonnerre produit le mouvement, le vent produit la désorganisation, la pluie produit la fécondation, le soleil produit la chaleur; l’arrêt (qui correspond à la montagne) produit le repos, la sérénité (qui correspond à l’eau terrestre) produit la joie, le principe actif (le Ciel) produit la domination et le principe réceptif (la Terre) produit le salut. C’est pourquoi « l’eau céleste et le feu se complètent, le tonnerre et le vent ne se contrarient pas, la montagne et l’eau de la Terre unissent leurs forces : c’est seulement ainsi que les modifications et les transformations sont possibles et que toutes les choses peuvent être terminées ».

Il n’y a pas de dualité, séparation, c’est un processus, une polarité entre deux éléments qui ne peuvent exister l’un sans l’autre.

3/ Chaque chose implique son contraire

A cultiver

  • Je renonce à porter des jugements. Je me garde de mettre des étiquettes : j’apprends à moduler mes opinions
  • J’oublie les notions de chance et de malchance : la catastrophe d’aujourd’hui pourrait demain se révéler une aubaine. Et réciproquement.
  • Je sais apprécier les difficultés, car ce sont elles qui me font avancer.

Le qi n’est ni statique, ni « à sens unique » : il est formé de deux énergies le yin et le yang, la première représentant le côté féminin, passif, souple, froid, l’intériorité etc et la deuxième, le côté masculin, actif, dur, chaud, l’extériorité etc dont l’interaction serait à l’origine de tout ce qui se passe dans l’Univers, sans que l’un et l’autre fusse autre chose que des aspects d’une seule et même réalité.

C’est pourquoi ces antagonismes ne s’opposent pas irréductiblement ; au contraire, ils impriment un balancement aux choses (loi d’alternance) qui a plutôt pour but d’assurer un équilibre.

4/ je m’habitue à penser en terme de yin et yang

A cultiver

  • En cas de conflit, j’écoute les arguments de mon adversaire (yin) avant de découvrir mes cartes et passer à l’action (yang)
  • En face d’un dilemme, je réfléchis avec pondération (yin), mais une fois que j’ai tranché, je me tiens à ma décision (yang)
  • Toute avancée (yang) comporte des reculades (yin). Trois pas en avant, un pas en arrière, telle est ma devise
  • je ne suis pas un « béni-oui-oui » (excès de yin). Il y a des circonstances où il faut savoir exprimer son indignation.

Conséquence naturelle de la loi d’alternance, il est non seulement inutile mais dangereux de contrarier cette loi. NON AGIR (wu wei), pilier de la pensée Taoïste, ne signifie pas « ne rien faire » mais plutôt « ne pas faire ». Ce qui va à l’encontre du cours naturel des choses. Non agir, c’est se rendre réceptif en oubliant son égo, ses ambitions et désirs personnels. C’est agir sans intention mais seulement par nécessité, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

5/ J’apprends à « non agir » : je fais ce qui doit être fait, sans m’inquiéter des résultats

A cultiver

  • En renonçant à avoir des attentes, j’évite bien des déceptions
  • je ne m’attache pas au produit de mon travail. Quand j’ai fini, je passe à autre chose
  • Je me mets à l’écoute de mon intuition : contrairement à mon égo, elle sait toujours ce qu’il faut faire

 

6/ Je s’implifie ma vie : moins c’est plus

« Celui qui a pénétré le sens de la vie ne se donne plus de peine pour ce qui ne contribue pas à la vie ».  Tchouang Tseu

A cultiver

  • J’oublie la frénésie du « faire » et m’exerce à pratiquer le « non faire » : je retrouve mon rythme naturel (être) et  découvre les bienfaits de la lenteur
  • Dans mes loisirs, je mise sur l’enrichissement (afin de me perfectionner) plutôt que le divertissement

Deuxième conséquence de la loi d’alternance, l’AMOUR DU JUSTE MILIEU. Il vaut mieux se maintenir dans le milieu plutôt que de pousser à l’extrême ses possibilités : on ménage ses forces et on ne s’expose pas à un retour de flamme.

 

7/ J’évite les excès et vise en toute chose le « milieu juste »

A cultiver

  • Je définis mes objectifs aussi clairement que possible puis me tiens prêt à décocher ma flèche, sans hâte ni impatience
  • Je ne m’éparpille pas entre mille projets. Je me fixe un seul but, et ne l’abandonne pas avant de l’avoir porté à terme
  • Je n’exhibe pas mes biens, je ne me vante pas de mes succès. Ainsi, j’éviterai de faire des envieux.

 

8/ Chaque chose arrive en son temps : je cultive la patience, l’art de savoir attendre

A cultiver

  • Je donne du temps au temps et profite de l’attente pour mettre de l’ordre dans ma vie et régler les affaires en suspens
  • je ne me laisse pas prendre dans l’accélération généralisée. Les autres courent? Je vais ralentir.

 

9/ Je reste à ma place et cultive la modestie en toute occasion. C’est occuper sa juste place

A cultiver

  • Je suis toujours prêt à reconnaître mes défauts. Ainsi je me rends sympathique et suis mieux accepté
  • Je sais me faire entendre chaque fois que c’est nécessaire mais je veille à y mettre les formes
  • Je ne confonds pas modestie et servilité: rester à sa place n’est pas synonyme de ramper.

 

10/ je fais très attention à tout ce qui sort de ma bouche

A cultiver

  • Je ne parle que si j’ai quelque chose à dire et je ne m’exprime que sur ce que je sais. « Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas » Lao tseu. Je pèse mes mots. Je fais attention à ce que je dis
  • Je ne colporte pas de ragots, car je tiens à l’estime et à la confiance de mon entourage.

Toute forme de vie implique les deux principes yin et yang, chacun n’existe qu’en fonction de l’autre et chacun est voué à se transformer en son contraire. Cependant la sagesse chinoise tend à privilégier la douceur, la réceptivité et les facultés d’adaptation du yin. Le Tao prêche le détachement et la non-avidité. Il donne une grande importance à l’introspection, à la vie contemplative et à la méditation.

11/ Avant de combattre les évènements, j’essaie d’abord de m’y adapter

A cultiver

  • Si quelqu’un m’agresse, je n’entre pas dans son jeu. Je reste serein et maître de moi, et attends qu’il récupère son calme
  • Dans une discussion, je préfère convaincre par la douceur plutôt que m’imposer par la force.

 

12/ Avant de me lancer dans l’action, je m’interroge sur les énergies en présence

A cultiver

  • Je ne fonce pas tête baissée, je prends le temps d’envisager les conséquences de mon action
  • Avant de prendre une décision, je regarde en moi même pour savoir si je suis prêt. Puis j’étudie les conditions extérieures
  • Je ne me laisse pas guider par mes émotions et me garde des coups de tête.

 

13/ je reste calme et centré en toutes circonstances

A cultiver

  • Je me souviens que la vie suit la loi de l’alternance : bonheur et malheur, maladie et santé, frustration et satisfaction, rien n’est jamais définitif
  • je remercie de ce que j’ai, au lieu de me plaindre de ce que je n’ai pas.

Chez les chinois, le principe supérieur est représenté par le Ciel qui représente l’élan créatif ; sa contrepartie est la Terre, symbole de réceptivité. Entre les deux se trouve l’homme, pivot entre Ciel et Terre, au sommet de la pyramide du Monde créé. La relation homme -ciel est un va et vient constant de bas en haut et de haut en bas. Pour que tout fonctionne harmonieusement, il faut savoir ce qui est du ressort de l’Homme – libre arbitre- et ce qui relève de la volonté du Ciel, c’est-à-dire le destin.

14/ Je me conforme à la « volonté du Ciel » et j’accepte ce que je ne peux changer

A cultiver

  • J’accepte mon vieillissement avec sérénité ce qui ne m’empêche pas de mettre tout en oeuvre pour en freiner le processus
  • Aimer et respecter les plus âgés est affaire de bon sens : je  les traite comme je voudrais être traité à leur âge.
  • Je ne me mets pas en tête de changer les autres. Le seul que je peux -et que je dois- changer, c’est moi.

 

Corps et esprit sont intimement liés : en agissant sur le premier, nous perfectionnons le second. Un exercice régulier est capital pour l’équilibre intérieur.

15/ Je respecte mon corps et l’entretiens avec soin

A cultiver

  • Je fais du sport « pour » mon corps et non pas « contre » lui  (le sport est au service de mon corps et non l’inverse) : j’oublie le culte de la performance et progresse à mon rythme
  • Je prends mes repas dans le calme et fais attention à bien mâcher. Les excès alimentaires dénotent une mauvaise écoute de notre corps: celui-ci sait très bien nous dire qu’il est rassasié.

Prends soin de toi !

Bibliographie:

Lao tseu, la voie et sa vertu, édition Points sagesses

Grenier Jean, l’esprit du Tao,édition Champs essais

Psy magazine, janvier 2006.

 

« En cherchant à hâter les choses, on manque le but. Et la poursuite de petits avantages fait avorter les grandes entreprises. » Confucius